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L'expérience orgasmique
Déterrée des années 50, cette petite anecdote expérimentale vous dévoile les secrets de l'ultime orgasme. A condition d'être bon chirurgien et électronicien, pourquoi pas? ^^
Olds et Milner (1954)

Jack est un rat, banal, poilu, il arpente les sites caverneux des laboratoires de psychologie. Jack est le premier rat masochiste de l'histoire, et son histoire est édifiante...

Une journée comme une autre, Jack est un, parmi tant d'autres. ces collègues et lui même sont les victimes des expérimentations fourbes des humains, ils ont leur rôle de cobayes à jouer.

1952. James Olds, de l'université McGill, travaille dans le cadre de sa recherche de doctorat, auprès de Milner, professeur de cette même université. Milner est un chercheur très réputé pours ses études d'exploration des fonctions cérébrales. Sa principale méthode consiste à implanter des électrodes directement dans le cerveau de rats, d'y envoyer des décharges de diverses intensités, et d'en observer les effets. La recherche de James Olds consistait quant à elle à stimuler un centre supposé de la vigilance, situé en arrière de l'hypothalamus, afin de vérifier si l'on pouvait amener les rats à éviter certains coins de leur cage, seulement en les stimulant.

L'expérience se déroulait à merveille, car l'ensemble des rats stimulés avaient, après stimulation, tendance à éviter les endroits trop "stimulants"... Tous, sauf un. Sa conduite était par ailleurs surprenante. Contrairement aux autres, Jack, au lieu de s'en éloigner, revenait systématiquement vers les endroits où étaient administrés les chocs électriques. Resté perplexe devant ce phénomène, Olds en conclu à priori que le rat devait être moins sensible que les autres, un rat atypique... Il se mit alors à augmenter l'intensité des décharges électriques, espérant peut être que le rat rentrerait dans la norme avec des chocs plus violents. Mais l'inverse se produisit : plus les chocs étaient violents, plus le rat revenait vite se replacer dans les zones où ils étaient administrés, afin d'en recevoir un plus intense encore. Il fallait se rendre à l'évidence, Jack semblait rechercher systématiquement le choc électrique au lieu de l'éviter...

Après avoir servi de son mieux la science, Jack connu une fin tragique au milieu des scalpels du chercheur. Olds découvrit après dissection du cerveau de ce rat masochiste, qu'il avait par erreur implanté l'électrode à côté de l'endroit où elle aurait dû se trouver. L'électrode avait été implantée dans une zone du cerveau que l'on nommerait plus tard "aire septale" (1991, Milner), et que l'on associerait aux Centres Cérébraux du Plaisir.

Fort de cette découverte étrange, il entrepris de systématiser l'expérience, en implantant cette fois de bon gré une électrode dans l'aire septale de nombreux rats, qu'il plaça dans une cage comportant de la nourriture et de l'eau, mais également un petit levier qui commandait directement une décharge dans l'électrode. Les rats pouvaient ainsi apprendre à baisser le levier pour s'auto-administrer un choc.

Le principe du levier qui active une récompense était certes connu, les résultats de l'expérience furent tout de même surprenant. Les rats apprenaient rapidement à appuyer sur le levier, certains s'administraient une centaine de choc à la minute! et l'intensité des décharges ne faisait qu'accroître le phénomène, certains chocs étaient tellement puissants qu'il propulsaient les rats contre les paroi de la cage! Inexorablement, sitôt leurs esprits recouverts, ils se redirigeaient vers le levier pour une autre stimulation...

Cette expérience fut bien entendue reprises de nombreuses fois : Schonderreger (1970) montra que l'instinct maternel lui même n'était pas aussi fort que le plaisir procuré par le levier, des mères abandonnant leur nichée pour s'administrer une décharge... Si le sommeil venait, ils s'assoupissaient quelques instants et reprenaient dès le réveil leur activité auto stimulatrice. Plusieurs rats préféraient se priver de nourriture plutôt que d'abandonner le levier.

Si tant est que l'histoire de Jack se termine de sombre manière, on peut au moins affirmer que ces derniers instants furent des moments de plaisir intense. Des expériences similaires, sur d'autres animaux, ont permis de découvrir en fait de nombreux centres cérébraux associés au plaisir (noyau accubems. Tandis que certains sont liés à des plaisirs particuliers, comme la jouissance sexuelle ou le soulagement de la soif, d'autres semblent plus généralisés et offrent une sensation de bien être total. Chez l'homme, si ce genre d'étude est proscrit, on a tout de même eu l'occasion de mesurer qualitativement les effets de la stimulation directe des centres du plaisir : les patients la ressentent comme une "poussée vers l'orgasme, mais sans jamais l'atteindre". Les études animales, associées aux données IRM ainsi qu'aux études réalisées avec le concours de patients ont permis de mettre en évidence la participation de six régions cérébrales dans la sensation de plaisir.

D'une façon semblable, certaines stimulations peuvent provoquer une aversion, totale, voire une douleur intense, entraînant l'arrêt complet des activités en cours. Une démonstration célèbre est le fait de Delgado (1954), qui grâce a des électrodes, implantées dans les "régions de l'aversion", pu arrêter la charge de taureaux, par simple activation des électrodes, à distance.

Source : Olds J, Milner PM. Positive reinforcement produced by electrical stimulation of septal area and other regions of rat brain. J Comp Physiol Psychol 1954, 47 : 419-427
 
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