| Petite imprécision volontaire... |
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Exaspérantes, ces façons de se voiler la face et de se supérioriser par l'emphase et l'éloquence pompeuse. Y'a des limites au bien parler. Pas assez ou trop, comme beaucoup de chose, il y'a un juste milieu.
Je cherche encore mes mots. je les cherche depuis que j'en ai entendu le premier exemplaire. Je ne me satisfais jamais de cette pseudo-éloquence qui ne se borne qu'à une emphase pompeuse. Mais je me sens moins seul. Parcourir la toile me donne ce sentiment d'y être fondu, banal. Nombre de mes congénères se plaisent à disserter, philosopher, ou seulement réagir, en étalant leur verbe d'une manière si outrancière que ma honte pourrait en disparaître si j'osais m'y comparer. Je pensais qu'il était bon de bien parler. je jugeais qu'il était bien de savoir trouver les mots justes. Je songeais qu'il était meilleur de faire preuve d'une qualité verbale recherchée. J'ai attaqué le dico, les proverbes, tous les add-ons qui permettrait à mon langage de s'améliorer. Je suis revenu à des termes plus simples, en définitive. Des constructions syntaxiques moins compliquées, pas toujours précises, j'en joue même, lorsque j'esquisse une pâle copie d'hésitation. J'en ai eu assez de chaque période qui possède chacune ses défauts. J'illustre : Première étape, celle du langage articulé. Sortir de l'enfance et utiliser des mots et construction de phrases qui soient somme toute relativement normales pour le premier quidam passant. C'est un respect, me disais-je à exprimer en face de n'importe quelle nouvelle figure. Savoir parler aux amis, c'est aussi savoir parler à leur parents, savoir sortir et rencontrer de nouvelles personnes, c'est aussi savoir se faire comprendre d'elles. en ce sens, cette première étape fuyait inexorablement vers le conformisme langagier. En soi, c'est déjà déplaisant, ne serait-ce que pour cette once d'orgueil qui nous fait penser que nous sommes uniques. La compréhension n'est pas forcément là, qui plus est, lorsque les sujets de conversation deviennent sérieux et techniques, lorsque la précision des termes influe sur les raisonnements et les chemins de pensées que nous aimerions partager. J'ai vécu ce problème quelques fois, et je n'en voulais plus. Ce qui a fini par me lancer dans cette course au bien-parler, entre lecture de grands auteurs, études linguistiques, relecture des dicos et des règles de grammaires, notes en post-it et feuilles de révisions pour tout ce que la langue pouvait m'apporter et que je ne maîtrisais pas encore. Je ne m'en suis pas lassé, j'en garde un souvenir et une vieille habitude, celle d'avoir un dico à portée de main dans presque toute situation. J'ai su parler avec une éloquence qu'on m'enviait. Je savais ce que je voulais dire, exprimer, précisément. J'en étais heureux. Les bases d'une formidable compréhension s'acquerraient peu à peu. Les premiers problèmes survenus étaient encore une fois ceux de la compréhension. Je ne saisissais plus le langage des gens qui, je le pensais alors, ne savaient pas trouver leur mots aussi bien que moi. Peu à peu, s'instaurait une distance, également avec des amis, qui eux, s'en étaient tenus à leur langage habituel. Je devenais un étranger, une particularité gênante, quelqu'un "qui ne parle pas comme nous". Autre problème, celui de l'écriture. Alors qu'avant, je me passionnais à remplir des pages et des pages de lecture à envoyer à ceux que j'aime, que j'écrivais un paragraphe comme l'idée m'en venait à l'esprit, je me suis surpris un jour à abandonner une lettre pour cause de non satisfaction. puis, un texte, pour les mêmes raisons. Je commençais, les idées étaient là, globales, enthousiastes, je prenais la plume ou le clavier avec la ferme conviction d'en ressortir un argumentaire complet ou de donner forme à une pensée quelconque me traversant. Et dès la première phrase finie, je me retournais inconsciemment sur les mots qu'elle contenait, puis commençait à douter du bien fondé de leur présence ici. "Ce mot, n'est pas réellement celui qui traduit ma pensée"..."et celui-ci, pourrait être compris de différentes manière, mieux vaut le changer". et je restais sur cette première phrases en imaginant comment la remplacer au mieux, comment en faire la précision même, la fidèle traduction de réflexions qui elles, ne l'étaient pas tant que ça.. De cela résultait une frustration non seulement, mais aussi une parfaite improductivité. Impossible de terminer un texte, impossible d'aboutir une lettre. Trop de précision tuait de façon définitive toute l'imagination en essayant de la plier à la réalité, de lui donner les formes et les contours qu'elle n'aurait du ni ne pouvait posséder. L'imaginaire et le spontané, enserrés dans les chaînes de cette précision tant recherchée auparavant, finissait par étouffer et mourir... Cela semblait équivaloir à trancher et retirer la partie affective, émotionnelle, des textes, pour leur donner la lucidité, et conséquemment la froideur d'une conception toute carrée dans laquelle l'exactitude est l'ambition primordiale. En parallèle, j'eu l'occasion d'étudier les fonctionnements cognitifs de la perception et de l'apprentissage, notamment, les processus nommés "bottom-up" et "top-down", qui m'ont ouvert la voie vers une autre conception. Pour en saisir le rapport, je vais illustrer maintenant en donnant une courte description d'un test très connu en psychologie clinique, le test de Rorschach. De fait, je devrais dire "très connu" tout court : nombre de films nous montrent des psys en possessions de planches ou feuilles blanches, sur lesquelles sont dessinée une "tâche" souvent noire et symétrique. La phrase la plus associée sortant de la bouche d'un psy simulé, vous la connaissez : "A quoi cela vous fait penser?". En aparté, je rappelle ici, que ce n'est pas l'expression réellement utilisée en psychologie - pour des soucis de précisions, par ailleurs - et l'on préfère la phrase "Qu'est-ce que cela évoque pour vous?". Mais je digresse, à mon grand dam, revenons au sujet. Ce test est un test projectif. Un bien grand mot. Il signifie que lorsque vous voyez la tâche (le stimulus), celui-ci ne vous fournit que peu d'information cohérente. Pour pouvoir y donner un sens, vous êtes obligé de puiser dans vos connaissances, de quoi ajouter de la signification à cette image. Comment cela fonctionne-t-il? Imaginez-vous en enfance, vous aviez certainement eu l'occasion de voir un jeu se présentant comme suit : on vous donne une image, et l'on vous dit qu'un oiseau, ou que Napoléon Bonaparte est "caché" à l'intérieur de l'image. Au début, vous galérez, vous ne le voyez pas tout de suite. A ce moment, c'est l'image extérieur qui vous apporte toute l'information servant à rendre cohérent et signifiante cette image. Puis d'un coup, vous le voyez! il est caché dans l'arbre, on le voit si on pivote l'image de 90 degrés. vous oubliez cette histoire, mais un apprentissage a eu lieu. Si on vous présente de nouveau cette même image, alors, vous voyez tout de suite où est caché le vil petit oiseau. Cette fois, la perception est différente : l'image est exactement la même, mais en plus de l'information qu'elle vous donne, vous lui appliquez l'information précédemment acquise et apprise. vous projetez ces informations, que vous avez apprises, sur cette image pour lui donner tout son sens! voilà ce qu'est le phénomène de projection, qui donne son nom aux tests projectifs : la tâche de Rorschach contient en elle même tellement peu d'information, qu'il vous est nécessaire de puiser dans votre esprit, de quoi l'interpréter. C'est en ceci que le test est utile : il permet de dévoiler certaines pensées. Tandis qu'un psychotique pourrait y voir le Christ ou n'importe quel objet fréquemment retrouvés dans les délires, un obsessionnel essaiera de rationaliser l'image, la décrira, la coupera en petit bout, etc... il y'aura une partie spécialement dédié à la projection et aux tests projectifs, inutile d'en rajouter ici si vous avez saisi le principe. Revenons à cette précision de langage qui m'habitait, peut être voyez-vous déjà le rapport... Le fait est qu'après avoir étudié ces tests projectifs, m'est apparu l'idée d'une autre compréhension, d'un langage plus émotionnel, basé sur l'imprécision des termes. Si mes premières idées me portaient à croire qu'il me fallait être le plus précis possible dans le choix de mes mots, cette nouvelle approche considérait la relation de langage, non plus comme une personne déblatérant ses phrases, mais comme une réelle situation de communication, dans laquelle l'autre, l'alter ego, l'interlocuteur, était considéré comme une personne à part entière, non plus subissant mes paroles, mais capable de les interpréter, de les penser, de malaxer le contenu que je lui fournissais pour se l'approprier et le consommer à sa guise. De fait, j'utilise désormais l'hésitation, la spontanéité, et met en veilleuse la recherche laborieuses des mots précis qu'il conviendrait de choisir. Je sais qu'en faisant cela, la compréhension n'est pas forcément aisée. Telle idée que je souhaiterais exprimer rigoureusement, ne l'est pas, et en ressort chez l'autre parfois une compréhension qui n'est pas celle que j'aurais voulu voir germer dans son esprit. Ceci dit, je laisse un peu de place à son imaginaire, à ses propres pensées, et à ses projection sur le matériel informatif que je lui offre. Ainsi, s'il y'a une autre compréhension, elle peut être meilleure, et cela m'en sera finalement utile. Si la précision manque et que mon interlocuteur en demande, je ferais alors l'effort de trouver les mots justes. S'il s'en tamponne le casque avec une patte de lapin, j'aurais au moins évité de lui imposer des détours de pensée qui ne sont peut être que les miens ;-) |









